Les dieux

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Nous étions sur la plus haute terrasse, avec les maçons, à la fin d’un après-midi d’automne. Et soudain « cela » monta du ravin et passa comme appelé au levant… grappes d’ailes vibrantes et d’ombres de corps, translucides, qui tourbillonaient par milliers et milliers au sein d’autres grappes…quel silence ce fut, jusqu’à la tombée de la nuit ! Les ouvriers avaient cessé leur travail, aucun insecte ne crissait plus, nous regardions s’enfler ces grands tournoiements dont certains étaient si épais qu’ils obscurcissaient le soleil. Et parfois quelqu’un de ces voyageurs s’abattait sur le parapet ou sur nos manches claires encore, et nous nous disions que son coeur battait, nous aimions que son vieux visage ouvragé resplendit dans l’infime, sous une tiare.

Yves Bonnefoy

 

 

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Le Soi profond

 

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 » Dans la province de l’esprit, ce que je crois vrai est vrai, ou le devient, dans certaines limites qui restent à définir par l’expérience. Ces limites sont elles-mêmes des croyances à transcender.  »

John C. Lilly  Le Soi profond

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Ce fils d’Autrui

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L’amour de Tierno Bokar pour les hommes dépassait largement le cadre de son groupe confessionnel, il s’étendait à l’ensemble du genre humain. Mieux, il débordait cet ensemble pour embrasser la création tout entière, jusqu’aux plus humbles des créatures de Dieu.

Un jour de cette année 1933 que je passai auprès de lui, il était assis dans la case où il devait mourir sept ans plus tard. S’adressant aux aînés de ses élèves, il développait la signification ésotérique du chapelet Tidjani. Nous étions tous sous le charme. A l’extérieur, le vent soufflait. Il faisait courir le sable dans la cour et retroussait les plumes du coq qui s’obstinait près du pilon. Une rafale plus violente ébranla la charpente. Sous le choc, un nid d’hirondelle, qui était situé en équilibre en haut du mur, sous l’avancée du toit, s’entrouvrit. Un poussin tomba en piaillant. Nous lui jetâmes un regard indifférent ; l’attention de l’auditoire n’avait pas faibli un instant. Tierno termina sa phrase, puis se tut. Il se dressa, promena un regard attristé sur ses élèves et tendit les doigts, qu’il avait longs et fins, vers le petit oiseau :

– Donnez-moi ce fils d’autrui.

Il le prit dans ses mains réunies en forme de coupe. Son regard s’éclaira :

– Louange à Dieu dont la grâce prévenante embrasse tous les êtres ! dit-il.

Puis, déposant l’oisillon, il se leva, prit une caisse et la posa au-dessous du nid. Il sortit et revint peu après. Entre ses doigts, nous vîmes une grosse aiguille et un fil de coton. Il monta sur la caisse, déposa le petit d’hirondelle au fond du nid qui s’était déchiré et répara celui-ci avec le même soin qu’il mettait autrefois à broder les boubous. Puis il redescendit et reprit sa place sur la natte. Nous attendions impatiemment la suite de sa leçon ; mais au lieu de reprendre le chapelet qui servait de base à ses explications, il le laissa de côté. Après un moment de silence, il s’adressa à nous :

« Il est nécessaire que je vous parle encore de la Charité, dit-il, car je suis peiné de voir qu’aucun de vous n’a suffisamment cette vraie bonté du cœur. Et cependant, quelle grâce ! … Si vous aviez un cœur charitable, il vous eût été impossible d’écouter une leçon, portât-elle sur Dieu, quand un petit être misérable vous criait au secours. Vous n’avez pas été émus par ce désespoir, votre cœur n’a pas entendu cet appel … Eh bien ! mes amis, en vérité, celui qui apprendrait par cœur toutes les théologies de toutes les confessions, s’il n’a pas de charité dans son cœur, il pourra considérer ses connaissances comme un bagage sans valeur. Nul ne jouira de la rencontre divine s’il n’a pas de charité au cœur. Sans elle, les cinq prières ne sont que des gesticulations sans importance ; sans elle, le pèlerinage est une promenade sans profit. »

La scène de ce jour-là s’est gravée à tout jamais dans ma mémoire. Je le revois encore, dressé dans son tourtil blanc, réparant délicatement la demeure de ce « fils d’autrui » dont nous n’avions pas su entendre l’appel, tout préoccupés que nous étions de nous-mêmes.

D’une manière générale, il nous enseignait de ne jamais tuer un animal sans nécessité, fût-ce un simple moustique. Pour lui, la nature entière, animaux et végétaux compris, devait être respectée car elle était non seulement notre Mère nourricière, mais encore le grand Livre divin où tout était symbole vivant et source d’enseignement. (pp. 160-162)

Vie et enseignement de Tierno Bokar :Le Sage de Bandiagara
Amadou Hampâté Bâ
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Enfants des ruelles

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Nuit d’été chez le peintre Mohamed Kacimi

Assis sur le seuil d’une des portes de sa maison à Témara.

Il y a là le poète Abdallah Zrika et deux amis.

Kacimi nous invite à entrer dans le salon où

Autour des tables rondes, sont installés les invités.

Abdallah répond que nous sommes des enfants des ruelles

Que c’est de là que nous referions le monde.

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Ce lent bouleversement

18009676_10155949572108942_7877657_n                       Estampe : Ikenaga Yasunari

Ce lent travail intérieur qui ne se dévoile pas, qui oscille entre douleurs et instants d’apaisement. Nous sommes unis dans cette bataille, la maladie est là, le mal à dire      aussi, chez mes enfants, chez moi…                                                                                                    Comment connaître ce qui est juste si on ne s’arrête pas de faire, de penser, de ressasser, de garder la bête blessée endormie en soi, toujours prompte à se réveiller au moindre souffle d’espoir ou de souvenir de la présence…                                                                                Oui car il s’agit du manque, de la nostalgie, de ce que nous croyons devoir faire                       pour nous en sortir. Mais il n’y a pas de vérité si on oublie que nous sommes là                      pour entrer dans la profondeur du vécu, du ressenti, et alors seulement, de laisser nos paumes ouvertes recueillir les perles de nos larmes avalées, emportant tous les regrets, nettoyant nos duretés, nos hontes, nos empêchements à aller voir d’abord en nous-mêmes avant de désigner l’autre comme seul « coupable »…

La trahison nous anéantit d’autant plus si elle provient de ceux en qui nous avions placé notre confiance, nos pères et mères, nos frères, nos sœurs, nos enfants, nos amis… Comment combattre cette violence-là, qui ne dit pas son nom, qui ment et triche et nous contraint à  » Couper les ponts » ?                                                                                                   C’est comme arracher un morceau de soi même…

D’une rive à l’autre l’abîme est insondable, la mémoire inscrite en nous, les ponts détruits, les barques prenant l’eau… Le courant est si fort que nous n’osons nous y jeter et nager vers l’autre rive… et si par courage insensé, nous le faisions, nous serions confrontés à la cruelle situation de nous retrouver en terre inhospitalière… sans retour en arrière possible…

Il s’agit donc de construire, de recommencer, de penser d’autres passerelles pour nous élever au dessus des failles. De regarder le monde et ses évènements du point de vue de l’oiseau, qui prend son envol et plane, avec le vent de la liberté soufflant dans toutes ses plumes… Vers une envergure nouvelle…

 

 

 

 

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Tous les possibles

Sur la crête de la vague
Entre obscurité et lumière
Regarder à l’horizon
S’avancer tous les possibles
Garder le cap…

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Melekh

 

175076_183737911662805_7342169_o« King in Hebrew is Melekh—three letters: mem, lamed, khaf. The same letters in reverse read: K’lum: nothing.  »

Elie Wiesel in a speech about Josiah

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