Le temps du voyage

Lectures essentielles. Réflexions à propos de ce temps voyageur où rien de ce qui fait mon quotidien n’intervient.

Ouverture – Respiration

Laisser libre cours aux associations d’idées tout en parcourant des yeux le paysage changeant, les pages d’écriture de Charles Juliet de sa résidence en Nouvelle Zélande en un autre temps.
Pourtant cela s’accorde.

Bruce Chatwyn et Nicolas Bouvier, autres écrivains voyageurs,
traversent mes pensées à propos de ce nomadisme qui me fait toujours choisir l’inconnu, les contrées à découvrir plutôt que l’enracinement en un lieu.


S’il y a lieu, il n’est envisagé que comme un havre où me pauser et me reposer afin d’approfondir ce cheminement souterrain, cette quête intérieure qui demande parfois un espace sacré.


Dans ce laps de temps de trois années dans un port d’attache, encore maintes migrations… saisonnières comme les cigognes. Peut-être que mon pays du sud m’a orienté d’emblée vers cet élan d’aller voir ailleurs si j’y suis…

Avec la mémoire de mes aïeux migrants aussi.

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Odyssées

Assise non loin d’un homme d’origine italienne qui converse avec la serveuse italienne à propos de l’histoire de leurs pays respectifs… Franco et Mussolini… L’homme raconte qu’il n’y a plus personne de sa famille en Italie. La jeune femme écoute, horrifiée, le récit que l’homme fait des centres de rétention d’une autre époque et d’un autre pays, le Cambodge.

Puis Silence.

Il m’a demandé de lui prêter le journal posé sur la chaise près de moi. Personne ne parle. Bruit des pages qu’il tourne, de la tasse de café qu’il dépose sur la soucoupe.

Quelqu’un a laissée entrouverte la porte d’accès à la salle de cinéma où est projeté un film, une voix violente résonne dans le hall. L’ami que j’attendais arrive. Nous nous donnons des nouvelles. Évoquant la disparition du père de mes enfants, M. me parle d’Alexandre Grothendieck, un génie des mathématiques, à l’existence étonnante.

Curieusement, Lasserre, le village où j’ai eu le désir de m’installer, l’été dernier, sur le haut plateau ariégeois avec une vue splendide sur la chaîne des Pyrénées, est celui où cet être déchiré s’est isolé, vivant une vie de  » quasi-ermite ».

Conversations autour d’un café / Strasbourg -Mai 2019

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Terra del Seignou

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Je marche pieds nus dans la montagne

Ronces – Chemin de croix.

Je marche sans savoir où je vais, c’est plus fort que tout.

Quitter Juandet, ôter mes habits et m’asperger d’eau glacée à la source au bout du sentier.

Respirer l’air, sentir le soleil d’hiver sur ma peau. La souffrance immense a disparu.

La vaste montagne l’a prise. Elle la porte pour moi.

Moi, je marche sur la terre, où ce premier enfant vient d’être déposé.

J’ai trouvé la maison. Abîmée, fissurée comme mon corps, au dessus du petit cimetière

des Etchartes où nous vivons à flanc de montagne.

De l’autre côté de l’Ouzoum, le village de Ferrières, déjà un autre pays…

Encore une frontière, comme dans ma vie il y en a déjà eu,

comme il y en aura encore tant d’autres.

La folie je ne l’ai pas reconnue tout de suite…

Quand on se souvient de tout, peut-on nommer cela folie ?

La maison là haut, je crois qu’elle est habitée.

Pour moi c’est mon amie Astrid, nonne zen, qui m’attend – en réalité Astrid vit à Berlin –

C’est tout de même une nonne qui ouvre la porte quand je frappe.

Elle m’accueille comme si elle m’attendait, Soeur Marie. Ermite.

Détachée de sa communauté quelque part en pays flamand.

Elle vit de rien, de ce que les gens lui donnent. Elle peint des icônes, aussi…

Elle va à pied jusqu’à la grotte de Lourdes, à quelques vallées de là…

Je saigne. Elle me donne de quoi me laver, dans une pièce vétuste de cette maison

que les tremblements de terre n’ont pas épargné.

Sœur Marie me fait entrer dans l’unique pièce où elle vit.

Il y a un recoin où elle dort sur des valises recouvertes d’une couverture.

Un endroit près de la fenêtre donne sur la vallée, une petite cuisine avec une table

et des chaises paillées. A l’intérieur de la pièce, une alcôve, la chapelle.

La carte du monde accrochée au mur.

Des têtes d’épingles colorées fichées à de multiples endroits, dans de nombreux pays.

Ce sont les lieux d’enfermement des prisonniers politiques. Elle prie pour eux.

Je parle d’Isaac, elle ira prier sur sa tombe, plus tard.

Elle me montre la photographie d’une petite fille morte de leucémie.

Son visage au doux sourire me fait voir celui d’Anne Franck,

imaginer le visage de ma petite sœur Carmen, qui n’a vécu que trois jours.

Elle me partage son repas, orties et pommes de terre.

Je repars. Je retourne à Juandet.

Mon compagnon m’accueille soulagé mais en colère aussi, il a eu peur.

J’ai compris longtemps après qu’il craignait que je m’ôte la vie.

Moi je cherche mon enfant ressuscité quelque part dans ces montagnes.

On me l’a volé parce qu’il n’est pas comme les autres bébés. Il me faut le retrouver.

Les pérégrinations continuent.

Je rends visite à un vieil homme qui vit près de la passerelle au dessus du torrent.

Puis chez Maria et Euclide et leurs deux petites filles. Ils m’invitent à partager leur diner,

du lapin au riz. J’aime leur simplicité et l’amitié qu’ils me portent, sans rien me demander.

Il y a aussi Lambert, le fermier. Sa mère m’a prise sous son aile.

Elle a perdu plusieurs bébés. Lambert et moi, on se regarde.

Il n’a jamais dit quoi que ce soit. Sa bonté se lit dans ses yeux.

Trouvé les ciseaux. Dans la chambre bleue d’Espagne j’ai coupé ma longue chevelure

sur tout le côté gauche, assise devant la fenêtre qui donne sur le Gabizos,

pic enneigé étincelant dans la lumière d’hiver, loin là-bas, vers le Sud.

Mon compagnon ne peut m’enfermer ou me surveiller sans cesse,

il m’emmène avec lui quand il va à Pau.

Chez le coiffeur. Tête presque rasée. Future nonne…

Lors des méditations je reste avec Monsieur Masson, architecte à la retraite,

propriétaire du lieu . Il vit au dessus du dojo.

Il m’écoute parler, m’épluchant une pomme.

De temps en temps il me demande gentiment de manger les morceaux qu’il me tend.

Nous sommes restés en contact, plus tard, lorsque nous avons quitté les Pyrénées.

Nous nous écrivions de longues lettres.

Je me souviens d’une phrase qu’il m’a écrite en réponse à ma plainte

de n’avoir plus de temps pour peindre.

« Si vous saviez comme on a le temps quand on sait rester calme »

Au bout de ces dix journées je reviens à ce réel qui m’a échappé.

Je prends conscience un matin, assise près de la cheminée,

de mes pieds touchant le plancher.

Je sens la densité de mon corps sur la chaise. Je reviens à cette vie là…

J’accepte qu’Isaac soit parti.

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Les Souffles

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent Le Buisson en sanglots:
C’est le Souffle des ancêtres. Ceux qui sont morts ne sont jamais partis:
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre:
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule:
Les Morts ne sont pas morts.

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots:
C’est le Souffle des Ancêtres morts,
Qui ne sont pas partis
Qui ne sont pas sous la Terre
Qui ne sont pas morts.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis:
Ils sont dans le Sein de la Femme,
Ils sont dans l’Enfant qui vagit
Et dans le Tison qui s’enflamme.
Les Morts ne sont pas sous la Terre:
Ils sont dans le Feu qui s’éteint,
Ils sont dans les Herbes qui pleurent,
Ils sont dans le Rocher qui geint,
Ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure, Les Morts ne sont pas morts.

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.

Il redit chaque jour le Pacte,
Le grand Pacte qui lie,
Qui lie à la Loi notre Sort,
Aux Actes des Souffles plus forts
Le Sort de nos Morts qui ne sont pas morts,
Le lourd Pacte qui nous lie à la Vie.
La lourde Loi qui nous lie aux Actes
Des Souffles qui se meurent
Dans le lit et sur les rives du Fleuve,
Des Souffles qui se meuvent
Dans le Rocher qui geint et dans l’Herbe qui pleure.
Des Souffles qui demeurent
Dans l’Ombre qui s’éclaire et s’épaissit,
Dans l’Arbre qui frémit, dans le Bois qui gémit
Et dans l’Eau qui coule et dans l’Eau qui dort,
Des Souffles plus forts qui ont pris
Le Souffle des Morts qui ne sont pas morts,
Des Morts qui ne sont pas partis,
Des Morts qui ne sont plus sous la Terre.

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.

Birago Diop

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Aurons-nous le temps ?

« Nous qui avons beaucoup voyagé et beaucoup aimé – je ne dirai pas souffert car nous avons toujours reconnu à travers la souffrance notre propre vérité – nous seuls pouvons être sensibles aux complexités de la tendresse et comprendre à quel point l’amour et l’amitié sont étroitement liés.

Quelque part, au cœur de l’expérience, il y a un ordre, une cohérence qui nous surprendraient si nous étions assez attentifs, assez aimants ou assez patients.

Aurons-nous le temps ?  »

Lawrence Durrell – Justine – Le Quatuor d’Alexandrie

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L’eau claire : Nourrir la vie créatrice

« Il est essentiel, pour que coule le flot de la vie créatrice, que nous soyons entourées de personnes qui exaltent notre créativité. Sinon nous gelons sur pied. Le chœur des voix, tant extérieures qu’intérieures, qui remarquent où nous en sommes, prennent soin de nous encourager et, si nécessaire, nous réconfortent, vient nous nourrir. Je ne saurai dire de combien d’amis chacune d’entre nous a besoin, mais il est essentiel qu’il y en ait au moins un ou deux qui croient que notre don, quel qu’il soit, est « pan de cielo », le pain des anges. Toutes les femmes ont droit à un alléluia. »

Clarissa Pinkola Estès – Femmes qui courent avec les loups

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La Source

« Il est dit qu’au-delà du monde visible coule une source.

De cette source naissent des Êtres qui valent plus que l’or car ils sont Joyaux Lumineux qui s’ignorent.

Je sais que tu es l’Une / l’Un des Enfants de cette source, alors je viens te saluer pour ce que tu as de valeur pour moi.

Que tu sois loin ou près importe peu puisque nous ne sommes qu’Un en vérité au-delà de nos différences.

Peut-être reconnais tu d’autres de nos Sœurs et Frères nés de cette même Source d’Amour & Lumière

Sens toi liberté de partager avec Eux de manière inconditionnelle ce message.

Le seul fait de recevoir ce message sera un Présent d’une Valeur Inestimable et de Reconnaissance & Confiance en la Vie.

Partage en ton Âme et Conscience

En toute Liberté. »

Mab Avel Sklerigen

Fils du Vent & de la Lumière

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Retournement

Sur la route qui va du village de mon père et de son père

à celui où sont nées ma mère et sa mère,

le temps s’est retourné.

Il m’arrive de n’être plus trop attentive à ce monde tel qu’il se veut,

dans une dérive destructrice de ce qui m’enchantait, enfant.

Je vois en traversant les villages cette vie d’autrefois.

Mes yeux de chair recèlent un mystérieux pouvoir,

celui de voir derrière les apparences ce qui semble n’être plus là,

dans un lien invisible, en une alchimie mémorielle.

Je demande à la Terre

En posant les paumes de mes mains

La touchant, inclinée vers elle

D’ouvrir mes yeux d’Immortelle

Dans la nuit

Quatre autour du feu

Au milieu de la forêt

Avec le vent dans les frondaisons

Vers la lumière

Vers l’Équilibre

Debout Ensemble

Nous marchons de nuit

La forêt

Ouvre lentement ses yeux

Nous contemplons longtemps

Ce visage silencieux

Assis dans l’herbe au milieu du chemin de terre

Nous nous relevons

Traversons la trouée où souffle toujours le vent

Sous la haute futaie vibrante

Nous retournons vers le feu

Là haut les étoiles

La douceur revenue

Aurore Heinimann – 21 Juin 2019

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Cuivre et Or

Naître au creux de l’automne

En aimer ses reflets

Lumières pénétrantes

Teintes comme étoffes déposées

Sur la terre

Mes pas frôlent l’ourlet du manteau

Sombre, encore chaud.

Je viens seule où alors

L’enfant Louve m’accompagne

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Le sable et l’écume

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« Notre esprit est roche, notre coeur est ruisseau.
– N’est-il pas étrange que la plupart d’entre nous choisissent de recueillir l’eau plutôt que de la laisser s’écouler? »

Khalil Gibran, Le sable et l’écume (1926)

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